A la crèche, on peut parler la langue des signes !

Article publié dans info crèche pro rédigé par Christine NOUGAROLLES – Responsable de l’organisme de formation Signe Avec Moi

Ce concept issu des Etats-Unis, se développe de plus en plus en France. Des crèches se forment désormais à l’utilisation de cet outil fondé sur l’emploi de la langue des signes.

Son principal intérêt est de renforcer la communication entre adultes et enfants, afin de répondre le mieux possible aux besoins de ces derniers.

Le petit homme naît doué d’un formidable appétit à la communication. Déjà, dans le ventre de sa mère, il était immergé dans un monde entendant et parlant…

Mais s’il utilise au début de sa vie un langage non-verbal, il doit attendre au moins la fin de sa première année avant de pouvoir prononcer ses premiers mots, et encore davantage pour dire ses premières phrases…

Tous les professionnels qui accompagnent des tout-petits connaissent cette période durant laquelle l’adulte doit interpréter leurs demandes, formulées

grâce aux mimiques, bruits corporels et autres cris. Parfois, ça fonctionne et, à d’autres moments, on se trouve bien dépourvu quand les pleurs prennent le dessus! La frustration touche alors autant le petit que l’adulte, tons les deux à leur manière. Qui n’a jamais rêvé d’un formidable décodeur intégré au bébé, histoire de ne pas avoir à passer par les éternels: « Ah il doit avoir faim ! », « Ah ! Il doit être mouillé ! »

Il doit avoir besoin de dormir! « Mais qu’a-t-il donc? ». Il arrive que l’hypothèse se révèle fausse et que l’on doive reconsidérer la raison de ses pleurs… En suivant la formation Langue des signes pour bébéde Lingueo, vous aurez enfin ce décodeur! :)

En collectivité, les routines rythment la journée : on change le bébé, il est nourri, couché, promené et posé. Tous ces temps s’enchaînent, et l’adulte les enrobe du fameux bain de langage, propice à l’éclosion du langage oral tant attendu. Les professionnelles s’adressent à lui, lui expliquent ce qu’elles font, lui annoncent ce qu’il va se passer.

L’enfant est nourri de ces mots qui peu à peu vont l’habiter. Mais qu’en est-il de son côté?

L’enfant observe, ressent, subit, comprend… très tôt! Mais il ne peut pas raconter ce qui a attiré son attention, dire quels sont ses besoins, exprimer son mécontentement, répondre à toutes nos questions. Certains petits restent silencieux, d’autres montrent du doigt, accompagnent leurs gestes de cris, d’autres encore pleurent …

Lorsqu’ils sont nombreux, l’espace sonore est vite rempli ! C’est là que les signes issus de la langue des signes française (LSF) vont être un formidable outil pour enrichir la communication entre le bébé et l’adulte de la crèche.

Comment l’échange se déroule-t-il?

Tout en continuant à parler à l’enfant, l’adulte va souligner certains mots du signe approprié et mettre des signes dans les comptines. A force de voir ce que nous nommons les signes-clés, le tout-petit va les reproduire par imitation et il va s’en servir spontanément pour dire ce qu’il voit, exprimer ses besoins ou ses émotions. En aucun cas, il ne s’agit de lui donner une leçon de signes !

L’adulte les donne, comme il donne les mots, et l’enfant les voit, comme il entend les mots. Le tout-petit va faire des ébauches de signes, puis de vrais signes intentionnellement adressés à l’autre. Tout comme plus tard il va babiller, puis prononcer de vrais mots intentionnellement adressés à l’autre.

Les signes vont être au langage oral ce que le quatre pattes est à la marche bipède : au début de sa vie, le bébé n’a pas de moyen de se mouvoir seul, puis il y parvient en rampant, à quatre pattes. Aucun bébé ne regarde un jour l’adulte en lui disant : « Je vais continuer comme ça toute ma vie, c’est facile et pratique, pourquoi faire l’effort de me mettre debout? ». Les bébés peuvent réaliser très tôt des mouvements avec leurs mains – par exemple faire les marionnettes ou au revoir – car ils en développent l’agilité bien avant celle de leur « appareil à parler ».

Chez les bébés entendant, élevés dans un environnement utilisant les signes-clés régulièrement, les premiers signes intentionnels  apparaissent vers l’âge de 9- 10 mois. Ils peuvent, ainsi exprimer des besoins comme encore, biberon, pipi, caca, dormir, raconter ce qu’ils voient ou entendent (oiseau, fleur…) ou encore dire leurs émotions ou celles du copain (triste, j’aime, j’ai peur…). Ils ont alors la clé du langage verbal : des signes pour… dire !

Capables de se faire comprendre sans passer par le décryptage de l’adulte, les bébés sont plus calmes, prennent plus de plaisir à communiquer.

La communication gestuelle en collectivité

Cette pratique (“La méthode Baby Sign” des Drs L. Acredolo et S. Goodwyn) jouerait un rôle stimulant sur le développement du langage car les zones du cerveau concernées par la communication gestuelle sont communes avec celles activées par la production de mots.

Le tout-petit signe puis associe signe et mot

Le tout-petit signe puis associe signe et mot. Ensuite, il laisse de côté les signes car les bébés entendants, élevés dans un environnement parlant sont avant tout mus d’une insatiable envie de communiquer à l’oral.

C’est dans l’ordre des choses ! Et pas d’inquiétudes inutiles : lorsque les adultes continuent à leur communiquer des signes, les anciens bébés « signeurs » peuvent garder le plaisir de signer sur les comptines, voire de le faire en parlant ou parfois de jouer à échanger uniquement avec les signes. Mais ils feront parfaitement bien la différence entre signes et mots

Lorsqu’on s’adresse aux enfants en accompagnant nos phrases de signes-clés, c’est comme si on surlignait les mots d’un texte. Les routines sont ainsi particulièrement mises en évidence (« Nous allons tous manger », « Nous allons sortir »), ça aide les enfants à être attentifs.

C’est extraordinaire de voir par les mains des adultes. Des signes tels que « Attention ! » sont très utiles pour les plus grands. Dans l’enchainement plus ou moins répétitif des routines de la journée, il peut arriver qu’on fasse vivre aux enfants de « douces violences ». Par exemple, le tout-petit est tout accaparé à sa contemplation ou à la manipulation de cubes lorsque l’adulte, bienveillant dans sa volonté de le changer, arrive derrière lui et le soulève pour l’emmener en salle de change. L’enfant se met alors à pleurer.

Est-il interrompu dans son activité ? Est-il surpris ? Lorsqu’on accompagne nos mots de signes, il est primordial de se positionner en face à face et à hauteur de l’enfant : on ne le prend plus jamais par surprise, on le contourne, on s’accroupit, on attend de capter son regard, puis on lui annonce ce qu’on va faire, en signant les mots clés. La communication devient alors plus respectueuse, tout en gagnant en richesse. Les petits, sachant ce qui va arriver, deviennent acteurs de leurs besoins.

La communication devient alors plus respectueuse, tout en gagnant en richesse.

Au sein de la collectivité, les activités ne manquent pas. Les comptines, les temps forts tels que le repas, des moments de jeu seront accompagnés de signes. Cette pratique peut même assister la lecture d’histoires. La répétition de ces temps permet aux adultes de signer et aux petits de « prendre » ces signes par absorption. Ensuite, ils les imiteront.

Intégrer la communication gestuelle au projet d’équipe de la structure sera bien entendu essentiel, afin que tous les professionnels de la collectivité pratiquent avec les bébés et les enfants, mais aussi pour que les parents puissent être informés, voire même associés au projet.

Pour plus d’informations, contactez-nous au 01.40.34.21.30